Afin de donner un nouveau souffle à mon blog, j'ai décidé de chroniquer un anime m'ayant particulièrement marqué. Les aficionados reconnaitront sans peine un titre ayant défrayé la chronique il y a désormais deux ans. Pour les autres, je vous invite à le découvrir, et à réagir à mon analyse. Comme souvent, l'article sera long, donc je vais séparer par des couleurs différentes les divers pans de chronique.
Pour que vous puissiez vous y retrouver, voici la liste des protagonistes de l'histoire.
Makoto : Il est l'(anti-) héros de l'histoire. Au début, adolescent timide lambda, il se remarquer au cour des épisodes par sa lâcheté, son manque de volonté, et son indifférence à l'endroit de ses pairs.
Kotonoha : Jeune adolescente aux formes avantageuses, elle sera convoitée par Makoto dès le début de l'anime. Souffre douleur de sa classe, elle sombrera petit à petit dans la démence.
Sekai : Elle est la dernière personne du "triangle amoureux principal", réunissant Makoto, Sekai et Kotonoha". Dans un premier temps, elle sera celle qui organisera la rencontre entre Makoto et Kotonoha. Le baiser qu'elle échange avec Makoto à l'issue du premier épisodes laissera planer le doute sur ses sentiments véritables.
Otome : Amie d'enfance de Makoto, elle est dans la classe de Kotonoha. Jalouse de cette dernière, elle la persécutera avec ses amies.
Tasuike : Camarade de Makoto, il est spécialement lourd et n'a guère de succès auprès de la gente féminine (sauf avec la pauvre Hikari)
Hikari : Amie de Sekai, elle a un faible pour Tasuike, qui ne le remarque pas.
Setsuna : Amie de Sekai, elle a un faible pour Makoto.
School Days est tout sauf un manga commun, posé, standard, comme pourrait le laisser penser ses débuts (d'où ma volonté de le chroniquer). A l'instar d'une bonne flopée d'anime, il est issu d'un dating sim, soit d'un jeu de simulation de drague, comme beaucoup de jeunes japonais en sont friands. "L'éroge" en question avait fait scandale en raison de ses quelques fins, agrémentés par une dose d'hémoglobine inattendue. Un fait divers particulièrement glauque (une fille ayant explosé la face de son père à coup de hache sur Kyoto) avait différé la diffusion du dernier épisode, particulièrement sujet à polémique. De ce fait, ceux qui partiront avec l'envie de visionner une histoire gentillette, dégoulinant de bons sentiments, emplis de poncifs "soap opéra" à l'eau de rose auront une surprise de taille, et seront très certainement désappointés... Tant pis pour eux.
Venons en à l'histoire proprement dite. Pour simplifier les choses, je vais débuter par une esquisse du scénario puis me concentrer plus en détail sur les personnages et éléments ayant marqués mon attention. En l'espèce, nous avons affaire aux péripéties rocambolesques d'un adolescent quelquonque, Makoto Itou, et à ses déboires affectifs, qui seront dans un premier temps parfaitement communs. Notre héros est l'archétype du jeune garçon discret, renfermé, rentrant dans son logis après les cours sans se faire remarquer, les écouteurs vissés sur ses oreilles de lycéen placide. Pour égayer ses journées taciturnes, il contemple une jeune fille de son âge, dont il n'attend rien, et qu'il ne veut pas nécessairement connaître. Suivant une superstition surement ici d'un commérage lycéen, il la prend au photo par le biais de son téléphone portable. Selon cette rumeur, si on conserve la photo de la fille que l'on aime pendant une semaine sur son portable, alors on finit par sortir avec elle. Ce qui va chambouler le train train quotidien de Makoto, c'est l'arrivée en grande pompe de l'impulsive et pleine de vitalité Sekai. Voyant la timidité de son camarade, elle va l'aider à se rapprocher de Kotonoha, et à faire avancer concrètement leur relation. Ce qui fausse le jeu dès le départ, ce sera l'ambiguïté des rapports entre Sekai et Makoto. Notre anti héros sera hélas vite blasé par le caractère peu expansif de sa petite amie de circonstance. Ainsi, à cause de (ou malgré) lui, il sera amené dans un engrenage infernal, dont il ne sortira pas indemne. Ceux qui ont regardé la série comprendront sans peine à quoi je me réfère. Me limite à dresser un résumé fastidieux de l'anime serait laborieux, donc je vais enchainer avec les points qui me semblaient intéressants d'être analysés.
En premier lieu, il convient de s'attacher à décrire exhaustivement notre "Makoto chéri" (petite pointe acide d'ironie). Tout sauf charismatique, lâche, trouillard, désinvolte, idiot, indécis, égoïste, il cumule toutes les tares possibles et imaginables. Il nous est pourtant décrit, à l'exorde de l'anime comme un garçon sans hisoire, "un mec bien". Au passage, Makoto signifie honnêteté en japonais. L'avis du spectateur, au début tout du moins, ne voit en notre héros qu'un adolescent un tantinet maladroit. Cependant il serait faire une lourde erreur que de croire ingénument que Makoto ait changé d'un pouce au cours de l'histoire. Il est justement très mal préparé à vivre ce qui l'attend. Je vous renvoie dans un premier temps à sa peur de rencontrer sa dulcinée, ou Sekai lui demande s'il reste un homme, ou pas. Sa peur intérieur de changer le cours des choses, comme son manque de volonté très agaçant, l'amènera à ruiner ses rapports avec les autres. On peut également citer ce passage, au cours duquel il préfère flâner dans des boutiques et pianoter sur les touches de ses jeux vidéos au lieu de prendre soin de sa petite amie, qui du coup, ne sert que de décor à son plaisir personnel. Makoto ne comprend rien des autres, et il ne s'en plaint pas d'ailleurs. Son seul ami pour lui faciliter les choses est un livre kitch, duquel il va se séparer car il se rend bien compte qu'il ne servira pas à grand chose pour allonger Kotonoha. Toutefois, il ne saurait être considéré comme un bougre spécialement mauvais et pervers (dans le sens retort, car pervers, il l'est !). Le fait qu'il console Setsuna et l'aide à devenir délégué en est une illustration. Son enfance et sa pré-adolescence, à jouer sans arrière pensée avec Otome le confirme. Les calculs, dans sa démarche, ne se font que selon les circonstances. A l'instar de l'étranger de Camus, Makoto vit le présent sans passion, se borne à satisfaire ses envies au moment présent, sans s'encombrer d'une once de sentimentalisme et d'éthique. Il refuse de respecter les normes sociales malgré lui, et se voit détester pour son manque total d'empathie au cours de l'histoire. Il a pourtant en partie conscience de ses erreurs, mais refuse de les affronter. Il confie à Otome, alors qu'il trompe Sekai et Kotonoha, que quoi qu'il fasse, cela engendre un désastre. Il croit inventer l'eau tiède en proposant en dernier lieu un médecin à Sekai. Makoto semble vouloir nous faire croire que son destin est scellé, auréolé par la fatalité, que le cours des choses est immuable, et que ce n'est pas son attitude lénifiante qui va changer la donne. La solution de facilité lui sied dans chaque situation,et il s'en accommode sans plus de regret que ça. Il s'étonne d'ailleurs vigoureusement quand le cours des choses change de ses attentes. Il est également sidéré que Sekai n'accueille que très froidement (pour faire un euphémisme) l'idée d'intégrer un hôpital. L'ironie du sort voudra que l'idée en question vienne de Kotonoha. Sa fin funeste ne lui aura pas enseigné le béa-bas sur les sentiments humains. Sa dernière pirouette en direction de Kotonoha n'aura surement été que le choix de facilité le plus acceptable, ou il a cru pouvoir se ranger sans encourir de "sanctions".
Dauber sur le défunt Makoto est amplement légitime, mais cela ne suffit pas. Il n'est qu'une pièce du puzzle, qu'un badaud terne ayant profité d'une situation explosive qui le dépassait. Le point fort de ce manga est précisément de n'épargner personne, de rendre chacun responsable, à son échelle. Tous sont coupable, à commencer par Sekai, sans qui rien ne se serait déroulé ainsi. Sekai, l'amie modèle, que ceux qui pensent cela se trompent. Elle trahit Setsuna, qu'elle avait promis de rapprocher de Makoto, en aidant Makoto à aller vers Kotonoha. Elle sape ensuite la relation entre notre anti héros et sa dulcinée aux formes généreuses, en ayant un rôle ambigu dans leur relation. Lorsque Makoto est quasiment le spectateur de ses propres frasques, Sekai veut conduire les choses. Elle fait partie de ses filles qui ne savent pas ce qu'elles veulent, qui désirent contrôler la vie d'autrui, sans pour autant avoir de place définie. J'en veux pour preuve lorsqu'elle avoue benoitement à Makoto qu'elle est lassée des soap opéra coutumier, et que pour elle, rien ne vaut son immixtion dans des couples "irl". Capricieuse, elle sera sans cesse en colère lorsqu'elle perdra une place de premier plan auprès de notre héros. Qu'elle l'ait aimé, ou qu'elle joue la comédie, elle restera toujours ambigu. Le doute s'installera durablement après le déroulement de "ses entrainements", ou elle aide Makoto "sexuellement". Lorsqu'elle émettra le désir de cesser son double jeu, il sera trop tard, le spécimen Motoko étant rongé par ses envies irrépressibles de chair fraiche. Cela aura la conséquence de la mettre hors d'elle, de la plonger dans une déprime durable. Par le voyeurisme lycéen, elle voit Makoto et Otome ensemble lors de la fête du lycée, filmé en train de s'ébattre. Cette caméra dans cette salle précise montrera à quel point la société est basé sur le sexe, tout comme les discussions, sans tabou sur le sujet. Elle simulera alors la femme enceinte pour tenter de ramener son amant dans son périmètre. En vain. L'égoïsme et le déni de responsabilité aura définitivement pris le pas sur ce dernier. Sekai n'aura donc qu'à terminer par le meurtre le jeu dont elle avait voulu, et cru, prendre les commandes.
Les autres personnages ne sont guère mieux lotis. Koronoha finira par errer dans une démence flippante, au lieu de se faire calmement une raison. Bovariste endurcie, elle fuit sa réalité constamment dans des bouquins mièvres et pompeux, et déconnectera totalement son esprit du monde réel. Makoto, un gladiateur romain ? Quelle farce. Il sera alors temps pour elle de larguer les amarres du "Nice Boat", avec la tête inanimé de Makoto pour seule compagnie.
Otome bénéficie peut être du plus de circonstances atténuantes. Amie d'enfance du futur cadavre, elle se laissera bercer par ses sentiments de collégienne. La relation platonique et amicale qu'elle a pu vivre avec Makoto lui a enraciné un amour profond pour celui-ci. Le comportement de Makoto durant le collège, résolument amical avec elle, prouve bien qu'il n'était pas fondamentalement pervers, et plutôt mal préparé. Otome a d'ailleurs beaucoup souffert de n'être pour lui qu'une éternelle camarade de jeu, une connaissance dont il a totalement ignoré son versant féminin. Dans un premier temps, elle se laissera donc séduire par le nouveau Makoto, entreprenant et lorgnant sur son anatomie. Tortionnaire de la pauvre Kotonoha, elle lui crachera sa jalousie sous forme de brimades quotidiennes. Prise au piège par "notre tombeur malgré lui", elle cessera de s'en prendre à elle. Elle sera la première à rompre définitivement ses liens avec Makoto, comprenant qu'il s'était détaché de toute envie de comprendre son entourage.
Quant à Hikari et aux amis d'Otome, elles ne seront que des pitoyables suiveuses sans personnalité. Tombées un bon matin dans le lit de Makoto car elles ont voulu tester la chose avec une personne dont la réputation devenait sulfureuse. Hikari en a oublié Tasuike, à force de vouloir repousser les choses. Les préparatifs devant aller lentement sont tout de suite passés à la vitesse supérieure avec Makoto. Quant au pauvre Tasuike, il restera jusqu'au bout complètement à côté de la plaque, ignorant Hikari et rendant encore plus démente Kotonoha. En clair, seul une réputation sulfureuse a permis à Makoto de devenir le collectionneur qu'il a été. Certains esquisseront un sourire moqueur et crieront à l'irréalisme. Comment ce pauvre no life a t'il pu se transformer subitement en un véritable tombeur ? Je répondrais que la portée symbolique n'est pas totalement biaisée, et qu'elle supplante largement la naïveté du scénario. Les gens s'intéressent, hélas, bien plus à une personne quand elle est tributaire d'une réputation, même houleuse. Ce n'est pas sans esprit que Madonna nous disait que tant qu'on parlait d'elle, elle s'en contentait. L'important est de graver son emprunte, pas de sculpter une statue parfaite. De ce fait, Makoto devient un détail, un sinistre sir jeté en pâture par les circonstances, c'est l'environnement qui est le premier responsable des moult "anicroches" de cet anime.
Parlons en, de cet environnement. Dépouillé, terne, répétitif, il n'est guère avenant, si ce n'est plutôt repoussant. Toit d'école, quai, appartements banals, salles de classe, limitent drastiquement le décor. On est face à un paysage urbain dénué de toute fantaisie et de toute gaieté. Il se dessine une société déshumanisée, désenchantée, occidentalisée, ou le train train quotidien est pesant et ennuyeux. "L'anatomie" féminine y est en premier plan car elles semblent plus parler que les relations individuelles entre les élèves. Le téléphones portable, avec ses sempiternels SMS, est l'incarnation même de ces relations impersonnelles, qui semblent être la norme de ce lycée. On le voit, ce sont les portables qui ont remplacé la féérie des croyances et des légendes. C'est ce portable qui fait espérer les protagonistes, par les réponses, et par l'interconnection qu'il dresse entre les protagonistes. C'est la zapette de Makoto, son outil de prédilection, qui lui permet de passer en 3 clics d'une fille à l'autre. Cet outil lui permet également de fuir ses responsabilités, en disant clairement ce qu'il ne peut pas dire en face. Sekai semble également être prisonnière du téléphone, lorsqu'elle annonce son geste désespéré à Makoto ... par téléphone. Une chose m'a également frappée. C'est l'absence de la famille, des proches, la distance entre les adultes, totalement absents, et les adolescents. Ceux ci ont l'air totalement livrés à eux mêmes, sans repère. Le professeur n'apparait jamais à l'écran. Il apparait comme un automate qui psalmodie une rengaine totalement inintéressante car il semble obligé de le faire. Les parents, aussi, ne sont jamais présents. Les japonais, pourtant très pointilleux en ce qui concerne les relations familiales, j'ai été très étonnée de leur absence au cours des 12 épisodes. Au fond nous voyons ces jeunes, totalement paumée, seuls, dans un monde désenchantée se casser les dents sur des problèmes auxquels ils n'ont pas réfléchi. On le voit de manière encore plus presciente lorsque l'anime dérape et que des événements grave se déroulent face à nous. La désinvolture crasse de Makoto vient encore confirmer ce constat de vide, d'isolement
Au final, School Days est comme une énorme tarte dans la tronches des ecchis, ou des mangas de cet acabit. Un énorme pavé dans la marre. Lorsque dans Kanon, le protagoniste peut semer ses amourettes aux quatre vents, pour revenir "avec sa dulcinée" sans encombre, School Days ne le voit pas de cette oreille. On ne temporise pas la colère de Kaede, comme dans le très inégal Shuffle!. Ici, l'amour fait mal, déchaîne les passions, on marche sur du charbon ardent, on hurle, on crie, et le contexte fait maudire, pleurer... tuer. Même si ce n'est pas révélé expressément au début, la pression monte petit à petit, jusqu'au point fatal de non retour. Il n'y a pas de fille sur un plateau d'argent, toute proprette et mise à disposition auprès d'un panel d'abrutis lubriques. Il y a des jeux interdits. Ce n'est pas une romance, loin d'être un fleuve tranquille, c'est une gageure aigre, au chacun en prend pour son grade, paie pour ses fautes. Les histoires d'amours peuvent être douces et sirupeuses, mais également finir en thriller horrifique. Cet anime choque, fait réagir, réfléchir, laisse une marque indélébile au spectateur. Il serait à mon sens très difficile de ressentir l'indifférence crasse de notre héros, surtout quand on voit ou celle ci l'a mené. Le monde n'est pas un conte de fée. Les bisounours ne sont pas nos voisins, aussi affables qu'ils peuvent être. On ne s'engage pas comme on choisit un dessert dans un immense buffet. Les autres ne sont pas la pour passer le temps, ou pour servir d'objets de circonstance. Notre liberté aux dépens des autres paient, des fois très cher... Voila ce que cet anime nous enseigne. Hélas, il insiste bien sur les éléments qui agissent sur notre environnement, et qui font que, sans mauvaise intention, nous pouvons reproduire ce schéma. Car oui, la situation actuelle, derrière son côté "meilleur des mondes" est propice aux abus, aux jeux malsains, aux trahisons, aux moutonnismes, et nous éloigne de ce qui devrait réellement nous importer...